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Pourquoi et comment mesurer l'empreinte environnementale d'un site web

22 septembre 2026 par Johanna Le Conte

#numérique
#retour d'expérience

Produire un site web n'a jamais été aussi simple. Les "générateurs" propulsés par l'intelligence artificielle permettent aujourd'hui de mettre en ligne une interface fonctionnelle en quelques minutes... En revanche, une question reste souvent absente du processus : quel est l'impact environnemental de ce site une fois qu'il est publié ?

Pour y répondre, plusieurs outils gratuits permettent de mesurer son empreinte et proposent des pistes d'écoconception dont voici une comparaison.

Pourquoi analyser son site ?

Le numérique représente 4,4 % de l'empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2, selon les dernières données consolidées publiées par l'ADEME en janvier 2025 1. Ce chiffre correspond à une empreinte, c'est-à-dire à l'ensemble des émissions liées aux usages numériques français, y compris lorsque les centres de données sont situés à l'étranger.

Dans cette empreinte, les terminaux représentent environ la moitié des impacts, les centres de données 46 % et les réseaux 4 %. Aucune donnée publique ne permet en revanche d'isoler la part attribuable aux seuls sites web. Concevoir un site plus léger réduit bien la charge qu'il fait porter à ces infrastructures, mais il est impossible de traduire cette réduction en une fraction précise de l'empreinte nationale.

Pour 66 jours qui accompagne des projets de transition environnementale et numérique, il est donc important de commencer par regarder son propre site ;)

Plusieurs outils avec des logiques de mesure différentes

EcoIndex.fr calcule un score d'écoconception technique à partir du nombre d'éléments de la page, du nombre de requêtes envoyées au serveur et du poids des données transférées, comparé à un référentiel de plusieurs centaines de milliers de pages déjà testées 2. Il affiche également des estimations d'émissions de gaz à effet de serre et de consommation d'eau. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces valeurs ne sont pas mesurées directement sur les infrastructures. Elles sont extrapolées à partir du score EcoIndex et de l'empreinte moyenne d'une page web du même référentiel, un référentiel utilisé notamment par le Référentiel général d'écoconception de services numériques piloté par l'État 3. Elles doivent donc être interprétées comme des ordres de grandeur, pas comme une mesure physique.

WebsiteCarbon.com et Cabin reposent tous deux sur CO2.js, la bibliothèque de calcul carbone développée par la Green Web Foundation, qui met en œuvre le Sustainable Web Design Model 4. Ce modèle estime les émissions de gaz à effet de serre à partir du poids des données réellement transférées lors du chargement d'une page. Il prend notamment en compte l'intensité carbone moyenne du réseau électrique mondial, la part de nouveaux visiteurs par rapport aux visiteurs récurrents, ainsi que la proportion de données rechargées lors des visites suivantes.

Google Lighthouse ne calcule à aucun moment une empreinte carbone. Il évalue la qualité technique d'une page à travers quatre scores : performance, accessibilité, bonnes pratiques et référencement. Ces scores reposent sur une série d'audits, parmi lesquels le temps de chargement, la mise en cache des fichiers, la taille des images ou encore la sécurité des en-têtes HTTP 5. Le score de performance s'appuie principalement sur des métriques de temps, comme l'affichage du premier contenu, celui du plus grand élément visible, la stabilité visuelle ou la réactivité de la page. Il ne mesure pas le volume total de données transférées. Une page peut donc obtenir un excellent score de performance tout en ayant téléchargé beaucoup de données lors de la première visite, notamment si elle bénéficie ensuite d'une mise en cache efficace. Utiliser Lighthouse comme indicateur d'écoconception revient donc à s'appuyer sur une corrélation souvent observée entre performance et sobriété numérique, et non sur une mesure directe de l'impact environnemental.

Outil Ce qui est mesuré Méthode de calcul Référentiel Limite principale
EcoIndex.fr / GreenIT-Analysis Score d'écoconception technique DOM (coefficient 3) + requêtes (coefficient 2) + poids (coefficient 1), comparés à un référentiel de pages déjà testées Collectif GreenIT, cité dans le RGESN Les valeurs de CO2 et d'eau affichées sont extrapolées à partir du score, pas mesurées physiquement
WebsiteCarbon.com Émission de CO2 par visite Poids des données transférées converti via CO2.js et le Sustainable Web Design Model, intensité carbone moyenne mondiale Green Web Foundation, modèle et code ouverts Résultat qualifié d'approximation par l'outil lui-même, taille et représentativité de la base de comparaison non publiées
Cabin (withcabin.com) Émission de CO2 par visite, énergie, cookies posés, requêtes bloquées Même bibliothèque CO2.js, périmètre de ressources capturées propre à l'outil Green Web Foundation Détail des ressources parfois incohérent avec le total annoncé (voir étude de cas)
Google Lighthouse / PageSpeed Insights Performance, accessibilité, bonnes pratiques, référencement Audits techniques fondés sur des métriques de temps de chargement, aucune conversion carbone Google, projet open source Lighthouse N'exprime aucune empreinte environnementale, seulement une qualité technique corrélée au poids des données

Tableau 1. Comparatif

Étude de cas : 66jours.fr passé au crible

Pour comparer les outils, j'ai analysé 66jours.fr avec les quatre outils présentés précédemment.

Les résultats correspondent à un passage unique pour chaque outil. L'objectif est d'observer comment ces outils évaluent une même page dans des conditions comparables. A noter que PageSpeed Insights documente une partie de son environnement de test : émulation d'un ordinateur de bureau, moteur Lighthouse 13.4.1, chargement initial de la page, session limitée à une seule page. A l'inverse EcoIndex, WebsiteCarbon et Cabin ne précisent pas dans leurs rapports le type d'appareil simulé, les conditions réseau ou la localisation depuis laquelle les tests sont réalisés.

Outil Indicateur principal Valeur Compléments
PageSpeed Insights Performance / Accessibilité / Bonnes pratiques / SEO 100 / 100 / 100 / 100 LCP 0,4 s, CLS 0, Speed Index 0,8 s, Lighthouse 13.4.1, chargement initial, session d'une page
EcoIndex.fr Score et note 81 sur 100, note A Poids 0,267 Mo, 273 éléments de DOM, 24 requêtes ; classée 70 936ᵉ sur 610 424 pages testées ; 1,38 kg éq. CO2 et 20,7 litres d'eau bleue extrapolés pour 1000 visites mensuelles
WebsiteCarbon.com Note et CO2 par visite A+, 0,03 g de CO2 Présenté comme plus propre que 96 % des pages ; hébergeur non répertorié comme vert
Cabin CO2 par visite et poids 0,1 g de CO2, 364 kB, 5 requêtes Présenté comme plus propre que 99 % des sites ; hébergeur non répertorié comme vert ; 0 cookie ; détail par type de fichier : scripts 323 kB, styles 37,7 kB, autre 3,64 kB, images 0 kB

Tableau 2. Résultats comparés pour 66jours.fr

Le premier constat est plutôt rassurant. Lighthouse attribue un score de 100 dans les quatre catégories évaluées, ce qui traduit une page rapide, stable et conforme aux bonnes pratiques techniques. Cette bonne performance se retrouve aussi dans les autres outils : EcoIndex attribue une note A, WebsiteCarbon une note A+, et Cabin classe également le site parmi les plus sobres de sa base. Une page techniquement bien optimisée obtient généralement de bons résultats, quel que soit l'indicateur utilisé.

En revanche, les valeurs détaillées divergent parfois fortement. EcoIndex mesure une page de 267 ko répartie sur 24 requêtes, tandis que Cabin annonce 364 ko, mais seulement 5 requêtes et aucune image. Ce résultat est surprenant, car Lighthouse détecte pourtant plusieurs images sur la page, dont certaines chargées de manière différée (attribut loading="lazy") et une chargée en priorité (attribut fetchpriority="high"). L'écart le plus probable tient à la façon dont Cabin regroupe les ressources derrière un petit nombre de requêtes réseau, sans que l'on puisse le vérifier précisément faute d'accès au détail des requêtes capturées par l'outil.

Côté impact environnemental, on obtient trois chiffres différents : 0,03 g de CO2 par visite pour WebsiteCarbon, 0,1 g pour Cabin et 1,38 g pour EcoIndex.

Cet écart ne s'explique pas par un facteur d'émission différent, mais par deux façons de calculer : WebsiteCarbon et Cabin estiment directement les émissions à partir du volume de données réellement transféré par la page, en tenant compte de l'intensité carbone moyenne du réseau électrique mondial et de la part de visiteurs récurrents. EcoIndex, lui, ne convertit pas le poids réel de la page en émissions : il calcule un score technique à partir du nombre d'éléments, des requêtes HTTP et du poids des données, puis en déduit une estimation d'impact à partir de l'empreinte moyenne d'une page web de son référentiel, modulée par ce score. Les deux approches ne mesurent donc pas la même chose : l'une part des octets réellement transférés, l'autre part d'une moyenne statistique ajustée.

Ces outils reposent sur des méthodes différentes de celles employées pour un bilan carbone d'entreprise réglementaire, comme le GHG Protocol ou la norme ISO 14064. Cela ne signifie pas qu'ils doivent en être exclus, au contraire. Le scope 3, qui regroupe les émissions indirectes, représente la part la plus importante du bilan carbone des acteurs du numérique. Par exemple, l'entreprise AdVaes a montré que cela représentait jusqu'à 91 % des émissions chez dix de leurs prestataires en 2021. De plus, parmi ces mêmes prestataires, 60 % ne déclaraient pas leurs émissions liées à l'usage de leurs produits, faute de méthode ou de données jugées fiables 6.

Aujourd'hui, le numérique est l'un des postes les plus souvent absents des bilans carbone d'entreprise... Des outils comme EcoIndex ou CO2.js peuvent donc constituer un point de départ légitime pour combler cette catégorie, à condition d'en documenter la méthode et les approximations, exactement comme le sont déjà la plupart des facteurs d'émission utilisés dans un bilan carbone, qui reposent eux aussi sur des moyennes plutôt que sur des mesures directes. Ce qu'il faut éviter, en revanche, c'est de mélanger dans un même inventaire des estimations issues de méthodes incompatibles, une valeur EcoIndex et une valeur CO2.js pour un même site par exemple, ce qui rendrait l'estimation incohérente.

Sur 66 jours, sur les six premiers mois de visites du site web, cela donnerait l'impact suivant :

Mois Pages visitées EcoIndex (g CO2e) WebsiteCarbon (g CO2e) Cabin (g CO2e)
Janvier 200 246 6,00 20,00
Février 256 314,9 7,68 25,60
Mars 915 1 125,50 27,45 91,50
Avril 971 1 194,30 29,13 97,10
Mai 1 306 1 606,40 39,18 130,60
Juin 428 526,4 12,84 42,80
Total 4 076 5 013,5 122,28 407,60

Tableau 3. Impact CO2 du site 66 jours pour le premier semestre

Ces résultats démontrent que le choix de la méthode de calcul influence considérablement l'estimation de l'impact carbone. Or, si 66 jours est une page plus légère que 96 à 99 % des sites analysés par ces outils, on peut imaginer que le cumul de l'impact des sites web mondiaux est bien plus significatif...

En bref, ce qu'il faut retenir

Lorsque l'on construit son site, notamment via un éditeur boosté à l'IA comme Lovable, et même une fois son site publié, il ne faut vraiment pas hésiter à utiliser ces outils. Cela permettrait de soulager les infrastructures et donc d'avoir un impact moins important sur l'environnement.

Résultats bruts de 66jours.fr testé le 29 juillet 2026